629 millions d’euros de fraudes repérées en 2024 : un record. Mais au-delà du chiffre choc, une question essentielle s’impose : qui fraude vraiment ?

✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 31 mars 2025

⏱️Temps de lecture 5 minutes.

Hausse record des fraudes à l’Assurance maladie en 2024 : 629 millions d’euros identifiés ! Mais derrière les chiffres, qui sont les véritables responsables ? Certainement pas celles et ceux qu’on pointe du doigt habituellement. Un article indispensable pour remettre les pendules à l’heure et défendre notre Sécurité sociale.

Des chiffres records en 2024

En 2024, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) a détecté 629 millions d’euros de fraudes, soit une hausse de 35 % par rapport à 2023, et trois fois plus qu’en 2021.

Ces montants se répartissent en :

  • 263 millions d’euros de fraudes évitées (avant versement),
  • 366 millions d’euros de préjudices détectés et récupérés.

Montants des fraudes par profession :

Les secteurs les plus concernés

Les plus gros montants fraudés sont concentrés dans quelques professions et structures lucratives :

  • Audioprothésistes : 115 millions d’euros
  • Pharmaciens : 62 millions d’euros
  • Infirmiers : 56 millions d’euros
  • Centres de santé privés : 39 millions d’euros
  • Transports médicaux : 42 millions d’euros (+22 % par rapport à 2023)

Ces fraudes prennent souvent la forme de surfacturations, de faux actes médicaux ou de falsifications massives, parfois orchestrées par des groupes privés structurés.

Répartition des fraudes selon les acteurs

Les assurés pointés du doigt… à tort

Contrairement à ce que laissent croire les discours dominants, les assuré·es ne sont pas les principaux fraudeurs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • 52 % des cas de fraude concernent les assurés, mais cela ne représente que 18 % des montants.
  • 27 % des fraudes proviennent des professionnelles de santé, pour 68 % des montants.
  • Les établissements de santé comptent pour 21 % des cas, avec 14 % des montants.

Ce ne sont pas les plus nombreux qui fraudent le plus, mais ceux qui savent contourner le système.

Lutter contre la fraude : pas seulement punir

L’Assurance maladie a renforcé ses contrôles (+10 % d’effectifs, plus de 1 600 agents), mais cela ne suffira pas.

Pour la CGT, il faut :

  • Repenser le mode de financement des soins,
  • Encadrer strictement les centres privés lucratifs,
  • Renforcer un véritable service public de santé, indépendant des logiques de profit.

La loi du 19 mai 2023 a déjà rétabli une obligation de déclaration pour les centres de santé après de nombreux scandales, mais c’est insuffisant sans transformation structurelle.

 

Défendons la Sécu contre les profiteurs

Ces chiffres ne font que confirmer ce que nous disons depuis longtemps : les principales fraudes viennent du secteur marchand, qui détourne les moyens de notre système de santé pour nourrir ses marges.

Ce sont les assurés, les travailleuses et travailleurs, qui financent la Sécu chaque mois. Ce sont elles et eux qui ont besoin d’un système basé sur la solidarité, pas sur le profit.
Laisser le privé gangrener la santé, c’est mettre notre modèle social en danger.

Il est temps d’exiger :

  • Une remise à plat du financement des soins,
  • Le retour en force du service public de santé,
  • Une transparence totale sur l’utilisation de nos cotisations.

 

La Sécurité sociale est notre bien commun. Défendons-la !

 

Pour aller plus loin :

Mémo Sécu n°32 – Fraudes à l’Assurance Maladie (PDF)